mercredi 3 juin 2026

Dans un camp de déplacés à l’est du Soudan, Nosaiba a une vision très claire de ce dont les femmes ont besoin, non seulement pour survivre, mais aussi pour reconstruire leur vie. Ses paroles sont plus qu’un témoignage : elles sont une feuille de route.

Quand Nosaiba s’assoit pour parler, elle commence comme beaucoup de femmes soudanaises : par bismillah (au nom de Dieu) et par des salutations au Prophète. C’est ainsi que commencent les conversations, les lettres et tout ce qui compte au Soudan. Et ce que Nosaiba a à dire est important.

Nosaiba est mère de trois enfants. Elle vit avec son mari et ses enfants dans un camp de déplacés situé dans la localité d’Algalabat Al-Arabiya, dans l’État d’Al-Gedaref, à l’est du Soudan. Comme plus de 12 millions de personnes à travers le pays, elle a été forcée de fuir son foyer à Khartoum lorsque le conflit a éclaté en avril 2023. Elle a pris la route vers l’est, d’abord vers une école de la ville, puis vers le camp où elle vit aujourd’hui.

« Depuis notre arrivée ici, la première organisation avec laquelle nous sommes entrés en contact a été Islamic Relief », se souvient-elle. « Ils nous ont fourni des colis d’aide et des produits essentiels pour les femmes. Ils sont venus nous voir plus d’une fois. »

Elle le dit avec chaleur et sans hésitation. Les produits de base, notamment la nourriture et les produits d’hygiène, ont été fournis. Le réservoir d’eau fonctionne. Elle dit alhamdulillah pour cela.

Ces besoins essentiels comptent énormément dans un camp qui accueille des centaines de familles. Mais Nosaiba explique clairement que, pour les femmes de ce camp, l’absence de quelque chose de moins visible est tout aussi urgente.

Un camp surpeuplé, sans endroit où aller

Le camp, tel que le décrit Nosaiba, est surpeuplé et figé. Il n’y a nulle part où aller. Il n’y a pas d’école, seulement un programme d’éducation alternative de base, géré par une ONG locale, qui enseigne l’alphabet et quelques notions simples de mathématiques. Il n’y a pas de télévision. Pas d’électricité.

Dans un contexte où les femmes sont censées rester proches du foyer, et où se déplacer seules dans le camp comporte aussi des risques, les limites de leur monde quotidien se resserrent encore davantage. Pour les femmes en particulier, les journées s’étirent sans structure ni but.

« Nous avons besoin d’un centre pour le développement et l’autonomisation des femmes. Nous pourrions nous asseoir entre femmes, ensemble, et échanger des idées. Parce qu’au final, nous élevons des générations. »

Nosaiba parle de quelque chose de très concret : un espace où les femmes pourraient apprendre, discuter, se soutenir mutuellement et rester connectées à elles-mêmes au-delà de la crise. Elle pense à ce que ses enfants deviendront, et elle comprend que cela commence par elle.

« Quand une mère est éduquée et consciente, elle peut bien élever ses enfants », explique-t-elle. « Elle peut connaître ses droits. Et ses responsabilités. Elle peut réussir dans la vie et élever des générations capables de compter sur elles-mêmes à l’avenir. »

Au milieu d’un camp de déplacés, avec de l’eau stagnante à proximité, des insectes le soir et une clinique mobile qui doit partir dans quelques mois, Nosaiba pense déjà à la prochaine génération de femmes soudanaises. Elle planifie ce qu’elle enseignera à ses enfants à la maison, les livres qu’elle leur apporterait si elle pouvait se les permettre, et s’il y avait de l’électricité pour lire.

Le camp de déplacés dans l’État d’Al-Gedaref, à l’est du Soudan, où vivent désormais plus de 300 familles.

Le camp de déplacés dans l’État d’Al-Gedaref, à l’est du Soudan, où vivent désormais plus de 300 familles.

Les manques dont on ne parle pas assez

Le camp compte 305 familles, mais seulement 11 installations sanitaires. Les toilettes se remplissent et doivent être vidées régulièrement, mais cela n’arrive pas toujours. La nuit, dit-elle, il est effrayant d’aller seule aux toilettes : les herbes sont hautes et l’on ne sait pas toujours ce qui bouge dans l’obscurité.

La clinique mobile a été une bouée de sauvetage, mais elle est temporaire. Lorsqu’elle partira, le centre de santé le plus proche sera de nouveau très éloigné. Et sans revenu, ce trajet sera tout simplement impossible pour la plupart des familles.

« Si une maladie se déclare dans le camp, ce sera grave », dit-elle. « Nous avons besoin d’une clinique permanente. »

Le soutien psychosocial est un autre besoin qu’elle évoque : pour elle-même, pour les femmes qui l’entourent, et pour les enfants qui ont grandi en ne connaissant que le déplacement.

La vie qu’elle espère

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle souhaite, Nosaiba répond en deux temps. D’abord, elle parle comme une femme soudanaise qui veut rentrer chez elle. Elle veut que la guerre prenne fin. Elle veut que le Soudan redevienne comme avant.

« Il n’y a pas de sécurité ailleurs que chez soi », dit-elle simplement. « Avec sa famille. »

Puis elle parle comme quelqu’un qui, en attendant, veut que les personnes autour d’elle soient correctement prises en charge.

« Mon souhait est que les personnes du camp bénéficient de meilleurs services. Parce que ces personnes sont arrivées ici déplacées par la guerre. Leur état psychologique a besoin d’attention. »

Elle ne demande pas l’extraordinaire. Elle demande une clinique qui reste. Des toilettes entretenues. Un espace où les femmes peuvent se réunir, réfléchir et apprendre. Une vraie éducation pour ses enfants pendant qu’ils attendent de rentrer chez eux.

Ce ne sont pas des souhaits. Ce sont des droits.

Comment Islamic Relief apporte son aide

Islamic Relief travaille au Soudan depuis plus de 40 ans. Depuis le début du conflit actuel, l’organisation a aidé plus de 1,2 million de personnes en fournissant de la nourriture, de l’eau potable, une aide financière, ainsi que des kits d’hygiène et de dignité.

Dans des camps comme celui où vit Nosaiba, Islamic Relief a été parmi les premières organisations à arriver et continue de revenir apporter son soutien.

Mais les besoins décrits par Nosaiba sont immenses. Dans un pays où plus de 30 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, où les femmes et les filles font face à des risques accrus liés au déplacement, et où les financements internationaux restent largement insuffisants, un soutien durable est nécessaire de la part de tous.

En cette Journée internationale des droits des femmes, vous pouvez vous tenir aux côtés de Nosaiba et de millions de femmes comme elle à travers le Soudan.

Faites un don à l’appel d’urgence d’Islamic Relief pour le Soudan afin de nous aider à continuer à fournir l’aide dont les femmes et les familles du pays ont désespérément besoin.

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